ÇA SE PASSE AILLEURS – République Tchèque

Professeur à l’Université de Prague où il est depuis douze ans, à la tête du département d’agroécologie et de bioclimatologie, Josef Soukup dirige aussi l’institut qui conduit les essais d’homologation des produits phytosanitaires pour différentes firmes. Intéressé depuis toujours par le colza, il nous présente la place qu’occupe cette culture en République Tchèque et la façon dont les agriculteurs la désherbent.

 

INTERVIEW

Professeur Josef Soukup

de l’Université de Prague

Quelle est l’importance du colza en République Tchèque ?

J. S. : Le colza d’hiver s’est fortement développé dans les années 1990, et constitue aujourd’hui l’une des principales cultures du pays. Il occupe environ 400 000 ha, derrière le blé, 750 000 à 800 000 ha, mais devant l’orge de printemps, 350 000 à 400 000 ha et le maïs fourrage, 250 000 ha. Les surfaces de colza dépendent surtout des conditions climatiques au moment des semis et pendant l’hiver. Il est en général semé entre le 15 et le 30 août, voire tout début septembre.

 

Quel est le potentiel du colza dans votre pays ?

J. S. : Le rendement moyen est très élevé depuis quatre ans, 3,5 t/ha en 2013, 2015 et 2016, et presque 4 t/ha en 2016. Pol-Agro a obtenu un record à 5,25 t/ha sur 170 ha, à Polaky, dans le nord-ouest du pays. La production nationale, 1,2 à 1,4 million t/an, est transformée à 70 % en Tchéquie. 400 000 à 500 000 t sont exportées, surtout vers l’Allemagne.

A quels types de mauvaises herbes, les agriculteurs doivent-ils faire face dans leurs colzas ?

J. S. : Le gaillet gratteron et les matricaires qui sont présents sur l’ensemble du territoire, mais aussi les coquelicots et sysimbres dans les régions plus chaudes, et plus ponctuellement, les bleuets. Les producteurs sont aussi confrontés à une montée en puissance de mauvaises herbes plus difficiles à détruire comme les fumeterres et géraniums et à de nombreuses autres dicots comme les stellaires intermédiaires, véroniques de Perse, lamiers amplexicaules, tabourets des champs, capselles bourse à pasteur… On trouve peu de graminées, quelques rares vulpins, parfois du chiendent. Mais les repousses de céréales nécessitent en général, une intervention spécifique.

Comment les colzas sont-ils désherbés ?

J. S. : Les agriculteurs utilisent en général du métazachlore en prélevée qu’ils associent souvent à de la clomazone en prélevée uniquement, ou à du quinmérac ou à de la diméthénamide-P, en prélevée ou post-levée précoce, jusqu’à 2 à 3 feuilles vraies du colza. Les autres applications de post-levée sont rares et plutôt réservées aux régions aux sols lourds ou secs. La technologie de variété tolérante aux herbicides à base d’imazamox est peu développée. La gamme d’herbicides disponibles était jusqu’à présent suffisante, mais aujourd’hui, de nouvelles solutions de post-levée seraient les bienvenues.

 

Vous estimez que les solutions de postlevée seraient les bienvenues en Tchéquie. Pour quelles raisons ?

S. : Les agriculteurs sont de plus en plus souvent confrontés à des restrictions d’utilisation du métazachlore dans les zones de protection de l’eau. La post-levée peut aussi être employée pendant un laps de temps plus long, ce qui apporte de la souplesse dans le choix des dates d’application.

Elle réduit les risques d’appliquer inutilement un herbicide dans des parcelles qui lèvent mal et doivent être retournées. La post-levée constitue aussi une solution plus efficace dans les sols qui limitent l’activité des herbicides, comme les sols secs, très sableux ou très lourds ou les parcelles avec présence de résidus en surface. Certaines adventices comme les géraniums, certaines crucifères ou certaines vivaces, sont difficiles à contrôler avec les herbicides de prélevée classiques. En post-levée, les agriculteurs n’auraient besoin d’intervenir qu’en une seule application précoce contre les dicots suivie plus tard, d’un traitement contre les repousses de céréales.

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