INTERVIEW – Roger Davis, Conseiller indépendant en agronomie et co-fondateur d’Indigro

Grande-Bretagne

Roger Davis est conseiller indépendant en Grande Bretagne et co-fondateur d’Indigro, cabinet qui regroupe 5 consultants et assure le suivi agronomique de 53 000 ha dont 20 000 ha de colza. Membre de l’AICC (Association of Independent Crop Consultants), il fait pour nous le point sur la culture du colza Outre-Manche, et les difficultés que rencontrent les agriculteurs, notamment en matière de désherbage.

Quelle est la place du colza en Grande- Bretagne ?

R. D. : Les surfaces de colza d’hiver ont baissé ces dernières années, elles sont passées de 650 000 ha en 2015, à 550 000 en 2017, principalement à cause de la disparition des néonicotinoïdes. Dans certaines régions, les agriculteurs ont abandonné le colza car ils n’arrivaient plus à contrôler les altises. Le colza est la 3ème culture en Grande-Bretagne, derrière le blé, 1,6 à 1,8 million ha et l’orge de printemps, 600 000 ha, et devant l’orge d’hiver, 400 000 ha. Les emblavements en céréales sont stables alors que ceux de maïs et de seigle hybride augmentent avec la montée en puissance de la méthanisation.

 

Quels niveaux de rendement, les colzas peuvent-ils atteindre ?

R. D. : Les rendements fluctuent selon les années, entre 3.1 et 4 t/ha. Certains agriculteurs peuvent atteindre 5 t/ha en rotations longues et en optimisant le choix variétal, le semis, la fertilisation… En 2017, le rendement moyen en Grande-Bretagne s’est élevé à 3,9 t/ha, après avoir chuté à 3,1 t/ha en 2016. Avec 2,2 Mt, la production britannique de colza a augmenté de 23 % en 2017. Le colza est surtout destiné à l’alimentation humaine pour l’huile, et animale, pour les tourteaux. Il est aussi utilisé pour la production de biodiesel et par l’industrie de la chimie.

 

Quelles difficultés les agriculteurs rencontrent-ils en colza ?

R. D. : En plus des altises, les agriculteurs doivent faire face à une montée en puissance des maladies surtout en rotations courtes. C’est pourquoi le choix des variétés est primordial. Certains préfèrent semer tôt leurs colzas, pour éviter les attaques d’altises, d’autres plus tard. Personnellement, je conseille à mes clients de semer tôt leurs colzas dans un lit de semences très fin, pour maintenir l’humidité et empêcher les altises de pondre et de s’abriter.

 

Et en termes de mauvaises herbes ?

R. D. : Les agriculteurs sont surtout confrontés à des repousses de céréales et à des infestations de vulpin, notamment de vulpins résistants aux inhibiteurs de « l’ALS » et des « ACCases ». Les principales dicots rencontrées sont des mourons des oiseaux, capselles bourse à pasteur, sysimbres, sanves, géraniums, véroniques, gaillet… et dans les sols légers, des coquelicots.

 

Comment les agriculteurs désherbent-ils leurs colzas ?

R. D. : La plupart des adventices peuvent être contrôlées en pré-levée avec du métazachlore associé en fonction des mauvaises herbes, à de la clomazone, du quinmérac ou du diméthénamide-P contre respectivement les sysimbres, gaillets et géraniums. Avec l’arrivée de l’association propyzamide + aminopyralid , unengrande partie du désherbage est aujourd’hui réalisée en post-levée. C’est intéressant car la post-levée présente de gros avantages. Les colzaïculteurs peuvent compléter leur programme en post-levée, avec un herbicide contre les graminées, l’association propyzamide + aminopyralid, donc, contre les coquelicots, matricaires et chardons. Des produits foliaires sont aussi très utiles en rattrapage, comme la clethodim contre les graminées, le bifenox contre les sanves, la clopyralid contre les matricaires et chardons ou l’association clopyralid + picloram contre les matricaires, chardons et gaillets. La part des variétés tolérantes à certains herbicides non sélectifs du colza, désherbées avec l’herbicide qui leur est associé, a tendance à augmenter pour mieux contrôler les sanves et repousses de colza.

 

« Nous attendons avec impatience l’arrivée de nouvelles solutions de post-levée. »

 

Quels avantages offre à vos yeux le désherbage de post levée ?

R. D. : Les interventions de pré-levée reviennent très chères et lorsque qu’il fait sec, sont moins efficaces. Si le colza doit être retourné après de fortes attaques d’altises par exemple, le coût du désherbage a été engagé pour rien, et le choix des cultures de remplacement est limité. C’est pourquoi, nous sommes très favorables aux traitements de post-levée et attendons avec impatience, l’arrivée d’une nouvelle solution sur ce créneau qui va apporter beaucoup plus de souplesse dans le choix de la période d’intervention, des substances actives à associer,… en fonction des mauvaises herbes réellement
présentes et de leur stade.

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